Grenelle : développer l’esprit d’équipe ou l’instinct de survie en milieu hostile ?

Grenelle : développer l’esprit d’équipe ou l’instinct de survie en milieu hostile ?
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Ne nous y trompons pas, si le SA-EN est favorable au développement du travail en équipe dans le monde enseignant, celui-ci ne peut se faire dans ce contexte de réduction des moyens et de mise en compétition des projets qui est organisé depuis plusieurs années. Il convient tout d’abord de rappeler que, contrairement à ce que laisse penser cette conclusion du Grenelle, ce travail en équipe existe depuis bien longtemps. Pire, la politique actuelle a pour effet de disloquer cette communauté éducative en créant la pénurie.

Les enveloppes d’heures attribuées aux projets dans le cadre de l’autonomie des établissements sont réduites à peau de chagrin et rapidement consommées. Par exemple, les heures de LCA (langues et cultures de l’antiquité) sont prises sur cette marge d’autonomie. Si on rajoute à cela les problèmes mécaniques de répartition de services qui oblige à piocher une demi-heure ou une heure de ci de là, les chefs d’établissements sont souvent obligés de détourner les seules heures ou les moyens qu’ils arrivent à obtenir : les IMP (indemnité pour mission particulière), les heures du dispositif « devoir faits » ou des remplacements de courte durée. Leurs hiérarchies, dans les bureaux des rectorats, ferment les yeux, trop contentes de faire gonfler artificiellement des indicateurs qui plairont au cabinet du ministre. Ce dernier pourra alors se gargariser de « bons résultats » dans ces domaines devant la représentation nationale...

Malgré ces artifices, les projets portés par les équipes enseignantes sont encore très nombreux. A tel point que les moyens sont bien souvent insuffisants. La première conséquence est donc la mise en concurrence des professeurs ou des équipes pédagogiques. Mais pourquoi se battre si c’est contre des collègues ? Nous ne sommes pas des commerciaux payés à la commission. Ces projets ne font pas partie intégrante de nos obligations de services. Nos salaires n’en dépendent pas. Les enseignants qui portent ces projets ne le font que parce qu’ils ont la conviction profonde que cela pourra être bénéfique pour leurs élèves. Ce travail supplémentaire, souvent mal payé, est gratifiant pour les enseignants souvent en manque de reconnaissance par ailleurs.

Au cœur des établissements scolaires, dans les salles des professeurs, les réactions sont alors diverses. Certains renoncent car ils ne supportent pas de devoir être en compétition avec d’autres collègues. D’autres, n’hésitent pas à défendre bec et ongle leur projet, persuadés de bien faire. Les conflits naissent entre paires. Des choix plus ou moins arbitraires sont faits, générant des rancœurs et des frustrations. L’ambiance délétère se répand dans les salles des professeurs.

Le SA-EN dénonce cet état de fait et ne croit pas en la volonté affichée de créer les conditions d’un travail en équipe efficace et épanouissant. Bien au contraire, les orientations actuelles proposées et peut-être bientôt imposées par le ministre font plutôt croire à la création de maillons intermédiaires dans la hiérarchie entre les enseignants et les chefs d’établissement ou entre les enseignants et les corps d’inspection. La labellisation « premier de cordée » cher au Président. Outre le fait qu’il faudrait apporter la preuve de l’intérêt d’une telle mesure, on comprend mieux qu’il s’agit en réalité de créer des chefs d’équipe qui seront sans doute choisis pour leur « loyauté » (terme à la mode lors de la passation des concours) pour ne pas dire leur « servilité ».

Alors, travail en équipe ou chef d’équipe ?