Directeurs d’écoles : vrai problème/ fausses réponses.

(actualisé le )

Depuis des décennies, la volonté de modifier la situation administrative des directrices et directeurs d’école a été présente chez certains ministres de l’Éducation nationale : projet de Christian Fouchet en 1965 de faire nommer les directeurs par les IEN, création des « maitres-directeurs » de René Monory en 1987. Il s’agissait à chaque fois d’installer un rapport hiérarchique au sein des écoles, de substituer à un directeur-coordonnateur, un directeur-chef, ce que refusent l’ensemble des collègues.

La dernière en date de ces tentatives est portée par l’actuel ministre sous la forme d’une proposition de loi présentée par des députés LREM le 12 mai 2020 [1], et qui vise à instituer un emploi fonctionnel de direction, habillage habile qui tente de faire croire qu’il ne s’agit pas d’instituer un rapport hiérarchique alors qu’il s’agit pourtant bien de cela.

Directeurs d’écoles : vrai problème/ fausses réponses.
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Depuis, un amendement porté par la rapporteure Cécile Rihlac a été ajouté, soulignant le fait que cela ne créerait pas de hiérarchie entre les directeurs et les professeurs des écoles. Rien n’est moins sûr.

Car, si l’exposé des motifs de la loi semblait prendre en compte les difficultés avérées des directrices et directeurs d’école ainsi que leurs charges de travail et laissait enfin espérer une loi en réponse à ce constat, la tactique est toujours la même : le problème est posé, mais il est prétexte à une réforme qui répond à côté du véritable problème. En effet, celui-ci est, dès le départ mal posé : les directeurs n’ont pas besoin d’un cadre juridique que d’ailleurs ils ne réclament pas, pour asseoir une légitimité qu’actuellement ils construisent avec leurs collègues dans l’action et le fonctionnement quotidiens.

Ne nous y trompons pas, une nomination sur un emploi fonctionnel met celui ou celle qui y est nommée sous la domination directe de celui qui l’a nommé puisque celui-ci peut à tout moment lui retirer la fonction qu’il lui a confiée. Installer une telle fragilité est un bon moyen d’aménager une courroie de transmission entre l’inspection académique et les écoles. Ceci illustré par le fait que « Le directeur d’école est nommé par l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’éducation nationale, sur une liste d’aptitude établie dans des conditions fixées par décret. », décret dont on ignore tout pour l’instant.

Là où les intéressés demandent un allègement de leurs activités, pour beaucoup inutiles (enquêtes multiples réclamées dans l’urgence), ainsi que des moyens en temps, des solutions administratives et humaines (aide de secrétariat par exemple), le ministère répond statut. Cela lui évite de faire face à la véritable question posée par les tâches chronophages de direction et par la demande d’une revalorisation significative des primes liées à leurs missions.

Le SA-EN demande donc, que de véritables réponses soient apportées à la situation des directrices et directeurs en termes de décharges, de moyens humains, d’allègement administratif et d’une revalorisation pécuniaire.