Correction des copies numérisées : Du rêve à la réalité, un monde d’écart

Correction des copies numérisées : Du rêve à la réalité, un monde d’écart
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Le SA-EN se tient aux côté des enseignants qui ont corrigé les copies du nouveau baccalauréat sous forme numérisées. Leur lassitude est grande et nous les comprenons.

Malgré les propos lénifiants et faussement rassurants tenus lors du dernier CSE (conseil supérieur de l’éducation), les conditions de travail des enseignants correcteurs de ces épreuves se dégradent fortement par rapport aux années précédentes.

  • Si l’on ne peut nier que la numérisation présente un avantage indéniable (cela permet de ne pas perdre des copies), elle doit rester une sécurité palliant des problèmes rares qui provoquaient la passation de nouvelles épreuves pour une très faible quantité de candidats dont les copies ne pouvait être retrouvées. Si le problème est réel, qu’il doit être corrigé et que la numérisation des copies est une solution, pourquoi imposer une correction des copies dématérialisées ?
  • Les correcteurs n’ont aucune décharge pour effectuer ces corrections, y compris pour les enseignants en collège préparant leurs élèves au brevet. Et encore, il y a très peu d’épreuves cette année et elles ont lieu en juin. Que se passera-t-il l’année prochaine avec des épreuves prévues en mars ? Pour certains enseignants, il s’agit d’une charge de travail d’une semaine à temps plein à réaliser en plus de leur travail habituel. Sommes nous corvéables à merci ? Il est a noté que la suppression des EC est une bonne nouvelle de ce point de vue car elles aussi étaient numérisées.
  • Les correcteurs ne connaissent pas le nombre de copies qu’ils ont à corriger. C’est à dire que l’administration peut rajouter un lot de copies à un enseignant qui aurait terminé rapidement la correction de son (ou ses) lot(s) et qui envisagerai de passer à autre chose une fois sa tâche accomplie (comme faire travailler ses élèves). Une fois un lot « validé » il est impossible de revenir dessus et donc de vérifier l’harmonisation de sa propre correction. Ceux qui ont pensé cette organisation n’ont pas du corriger souvent le baccalauréat, tout autre examen ou un concours (ou alors, ils ont oublié depuis longtemps ce dont il s’agit). Une autre explication serait que les conditions de travail des enseignants ne les préoccupent pas le moins du monde et qu’il y a une volonté de limiter l’influence des enseignants dans le processus d’harmonisation des copies, ce qui serait très inquiétant.
  • En français par exemple, s’il peut être considéré comme louable le fait de proposer aux élèves 8 sujets au lieu de 4 compte tenu de la pandémie, il est incompréhensible de livrer pêle-mêle les 8 sujets à l’ensemble des correcteurs. Ces derniers doivent, avant de corriger leur première copie, lire et assimiler un document d’accompagnement de 60 pages. De plus, les copies ne sont pas classées par sujet... Quiconque a déjà corrigé sait qu’il est souhaitable de corriger tous les mêmes sujets à la suite. Pourquoi la répartition n’a-t-elle pas était faite en tenant compte de cela ? La « souplesse » ainsi obtenue se fait au détriment des enseignants.
  • La numérisation est loin d’être faite correctement. Cela est certainement du à une charge de travail qui a été sous estimée et qui met les agents chargés de cette mission sous une pression ne pouvant que générer des erreurs. Ainsi, il n’est pas rare de se retrouver avec un tiers des copies dont les pages sont numérisées dans le désordre. Si la numérisation peut apporter une sécurité supplémentaire, pourquoi les enseignants n’ont-ils pas accès aux copies « papiers » qui sont pourtant disponibles ? Imaginez-vous, devant l’écran de votre ordinateur, devoir corriger une dissertation en passant de la page 1 à la page 5, puis à la page 3, etc. Le système Santorin qui gère les copies numériques n’est visiblement pas au point. Il serait sans doute utile de prendre comme modèle le système utilisé en classe préparatoire pour la correction des concours qui semble poser moins de problèmes et être beaucoup plus développé afin de parfaire le procédé.
  • Travailler sur écran n’est pas anodin, encore moins lorsqu’il faut lire des copies manuscrites numérisées 8 heures par jour car les délais sont très courts pour rendre les copies. Les postes de travail ne sont pas adaptés (écrans, chaises, …) , d’ailleurs les enseignants travaillent quasiment tout le temps avec leur propre matériel et de chez eux.

Au lieu de tenir compte de ces remarques, le ministère préfère nier le problème et laisser penser que les enseignants aiment bien geindre et ergoter.

Le SA-EN demande a ce que la correction des copies sous forme numérisées ne soit pas obligatoire lorsque la copie « papier » est disponible. Le SA-EN demande la mise à disposition systématique des copies « papier » aux enseignants qui le désirent et la prise en compte de ces remarques pour l’année prochaine. La numérisation des copies doit rester une sécurité et pas une contrainte supplémentaire pour les personnels.